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« L’Ami arménien » : Andreï Makine dans le puits du temps

Dans l’URSS des années 1970, un orphelin s’ouvre à l’histoire et à la mémoire. Un roman au charme étrange de l’académicien français né soviétique.

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Publié le 16 janvier 2021 à 16h00, modifié le 18 janvier 2021 à 08h01

Temps de Lecture 2 min.

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L’écrivain Andreï Makine, dans une librairie française de Bucarest (Roumanie), en 2013.

« L’Ami arménien », d’Andreï Makine, Grasset, 216 p., 18 €, numérique 13 €.

Bien souvent, au cours de sa vie, Andreï Makine a dû se sentir écartelé entre un ici et un ailleurs. Son histoire est connue, qui l’a mené des confins de la Sibérie orientale aux pompes de l’Académie française : né soviétique en 1957, puis réfugié en France à l’âge de 30 ans, l’écrivain s’est installé d’un même mouvement à Paris et dans la langue française, dont il a fait la patrie de son œuvre littéraire. Aussi est-ce en connaisseur qu’il organise, avec L’Ami arménien, un jeu de regards et d’émotions entre des lieux et des temps éloignés. Ce va-et-vient donne un texte classique dans sa facture, mais plein d’un charme étrange. Comme si cette langue parfaite et très surveillée – au point, parfois, de frôler la raideur – tenait sa vigueur et son originalité de rythmes particuliers, subtilement différents de ceux d’un francophone de naissance.

L’atmosphère du roman contribue à ce décalage en propulsant immédiatement le lecteur vers un endroit éloigné. Pas seulement dans le pays disparu dont l’auteur fut le citoyen (l’histoire commence en Sibérie, au début des années 1970), ni même en Arménie d’où sont originaires une partie des personnages, mais dans un passé mi-réel mi-rêvé que le jeune narrateur découvre par hasard.

Pensionnaire d’un orphelinat, celui-ci s’est lié d’amitié avec Vardan, un garçon du même âge, issu d’une famille arménienne en exil. A mesure que l’orphelin devient le protecteur de son camarade malade, l’histoire de ces Arméniens persécutés finit par envahir sa vie. Au point de battre en brèche le « projet messianique d’homme nouveau » soviétique et sa promesse de « paradis sur terre », dont le dénouement tragique de cette « fugace parenthèse » ne fera qu’une bouchée.

A mille lieues de la vie ordinaire

Dès le départ, Makine insiste sur les contrastes grâce à de savants effets de zoom. Tout ce qui a trait au « royaume d’Arménie », c’est-à-dire au quartier périphérique où est reléguée une poignée de familles, est perçu comme non seulement lointain, mais entouré d’un halo mystérieux. Or, plus ce « Bout du Diable » (c’est le nom de l’endroit) lui paraît à mille lieues de sa vie ordinaire, plus le narrateur s’en découvre « douloureusement proche ».

Le livre s’enroule avec grâce autour de ces allers-retours entre un aujourd’hui brutal et les cendres d’un passé calciné par le génocide des Arméniens (1915-1923). Avec, bien sûr, un double-fond, car le dessillement progressif du narrateur ne s’arrête pas aux souffrances de ses amis. En même temps que les deux adolescents creusent un puits pour dénicher un hypothétique trésor, les secrets de l’histoire soviétique font surface, eux aussi. Y compris et surtout ceux que l’on a cherché à effacer ou que nul n’a le droit d’exprimer, tel le « fragment laissé en blanc » dans les récits de la mère de Vardan.

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